|
|
Brefs historiques et description
Fin mars 2009, le musée a entamé un programme de traitement de conservation-restauration des collections maritimes
constituées de 53 maquettes de bateaux. Ces modèles illustrent les techniques navales utilisées par des civilisations en provenance d’Asie, d’Afrique et d’Océanie. Ils datent tous du
XIXe siècle et sont arrivés au musée de l’Université de Bordeaux au début du XXe en dépôt d'Etat (de l’ancien Musée du Trocadéro devenu Musée de
l’Homme).
Ces maquettes revêtent en fonction de leur origine des techniques et des formes très variées : pirogue à balancier de Ceylan, pirogue en écorce de bouleau en provenance d’Alaska, jonque massive de commerce de Shangaï...
Chacune d’entre elle a fait l’objet d’une exécution très soignée. Les maquettistes ont représenté avec soin les aspects techniques, symboliques et décoratifs de leurs modèles.
Dans certains cas, certains éléments techniques semblent même avoir été accentués en taille par rapport au reste ; c’est par exemple le cas des treuils relevant les ancres dans les jonques de commerce, ou les canons sur les jonques de guerre.
Les aspects esthétiques de ces jonques ont par ailleurs été fidèlement reproduits aussi bien au niveau des formes générales que des décors peints, particulièrement les tableaux à la poupe des jonques de commerce représentant les échanges entre l’Empire et l’Occident, des phénix (emblèmes de l’Impératrice), le T’aï qi (représentation des forces fondamentales du Ying et du Yang) sous la forme de deux poissons sur les balustrades ou l’œil à la proue qui anime le navire.
Dans le cas des jonques de plaisance, de véritables décors ont été dressés dans les pièces représentant des autels
dédiés à la prière, présentant statue bouddhiste et pots à encens, ou de riches intérieurs agrémentés de miroirs, lustres, rideaux en soie et meubles où dînent des couples.
Techniques et altérations
De nombreux matériaux et techniques ont été utilisés pour ces maquettes : bois parfois peints, doré et vernis, métaux ferreux pour les assemblages et les ancres, cuivre de revêtement des coques, fibres de bambous des nattes des voiles, autres fibres végétales des gréements des jonques, coton des voiles, soies des rideaux, papier mâché des personnages, papier des vitres et des doublages de couverture, matériau translucide des vitres peintes (écailles de poisson ?, mica ?)…
Il en résulte que le champ de vulnérabilité des maquettes est très élargi : sensibilité importante des métaux à l’humidité (≥45% d’humidité relative) et des polychromies non vernies à l’eau, à la lumière des soies et des fibres végétales, aux microorganismes des papiers…
Les dégradations sont donc aussi très nombreuses. Ces collections ont par ailleurs connu plusieurs déménagements, dont
celui très musclé par l’armée en 1940, et de nombreuses altérations sont dues aux chocs et aux mauvaises manipulations. De nombreux fragments étaient entreposés dans des caisses ou dans les
maquettes : rames, avirons, mats et voiles, fragments de balustrades, de porte-rames, pièces de calage des mats…etc
|
|
|
Recherches documentaires
L’identification des fragments est parfois difficile. Elle doit se baser sur une connaissance précise de la typologie de chacun des bateaux représentés et sur l’observation de leurs matériaux de constitution, de leur traitement de surface, de leur état, et de leur plan de cassure.
Dans ce travail, les études documentaires réalisées sur la marine chinoise par le commandant Louis Audemard et par Etienne Sigaut conservés et étudiés aux archives du Musée de la Marine nous sont d’une grande utilité. Ils nous permettent d’identifier certains fragments et d’en comprendre l’intérêt technique, de repérer leur maquette et leur emplacement d’origine et d’identifier les manques pour les collections chinoises qui constituent plus de 40% de la collection (22 maquettes).
Traitements
Le travail de conservation-restauration se divise en 2 étapes. La première, dite de conservation curative, vise à assurer la stabilisation de la collection dans l’état et à préparer le prochain déménagement.
Elle comprend :
-
le dépoussiérage par aspiration et par gommage des maquettes,
-
le refixage des polychromies soulevées,
-
le traitement des métaux oxydés par l’élimination des produits de la corrosion et l’application d’un film protecteur,
-
le collage ou le réassemblage des éléments instables et des fragments de bois identifiés,
-
la consolidation des gréements et autres cordages en cours de rupture,
-
le réassemblage des fragments de cordage déjà rompus,
-
la consolidation des déchirures sur les voiles en vannerie,
-
le réassemblage des fragments de voiles en vannerie
-
la dépose des voiles en coton déchirées sur lesquelles interviendra une restauratrice spécialisée dans les textiles.
Ce travail préalable permettra de stopper les altérations évolutives et de les prévenir. Par ailleurs, il permet de repérer les parties fragiles à protéger spécifiquement lors du déménagement.
La deuxième étape de restauration poussera plus loin les traitements de nettoyage et de réintégration pour rendre les qualités documentaires et esthétiques des maquettes plus lisibles.
Certains éléments déplacés lors des manipulations comme les gréements rompus souvent mal rattachés seront réassemblées à partir des informations fournies par la documentation technique. Des pièces nécessaires au positionnement d’un treuil dans le navire par exemple, ou à la tenue d’une voile sur un mat ou à sa position seront reconstitués si les autres maquettes et la documentation nous apportent les informations suffisantes.
Les interventions sont conformes au code déontologique E.C.C.O. (fédération européenne des conservateurs-restaurateurs) et soumises aux exigences suivantes :
-
Conservation de la matière originale,
-
Réversibilité des interventions,
-
Stabilité des matériaux de restauration choisis en fonction de leur stabilité propre et de leur compatibilité avec le support,
-
Documentation des opérations par un rapport détaillé, comprenant la localisation des interventions sur des relevés graphiques.
Ces restaurations sont réalisées par Anaïs Gailhbaud.
|
|
|
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

